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Covid-19 : les nouveaux vaccins à l’épreuve des variants :

11/07/2022

À peine testés et déjà obsolètes ? Avec l’irruption permanente de nouveaux variants du Covid-19, les scientifiques s’interrogent sur les futurs vaccins.

Alors que de nombreux pays européens se préparent ou affrontent déjà la nouvelle vague provoquée par les dernières versions d’Omicron, BA.4 et BA.5 en tête, les appels à la mise à jour des vaccins contre Covid-19 pour l’automne ou l’hiver 2022 se font de plus en plus pressants.

Tous les vaccins arrivés sur le marché depuis12/ 2020 ont en commun d’être basés sur la même version du Sars-CoV-2, apparue fin 2019 en Chine.

Baptisée Wuhan, cette souche a notamment permis le développement des vaccins à ARN des laboratoires Pfizer/BionNTech et Moderna.

Si la protection qu’ils confèrent contre les formes graves de la maladie reste élevée, deux écueils menacent cependant leur efficacité.

Le premier concerne la persistance de cette protection dans le temps.

Le second porte sur sa puissance face aux nouveaux variants, ceux déjà connus comme Omicron, mais plus encore ceux en préparation dans les coulisses de l’évolution naturelle.

L’agence américaine du médicament conseille aux fabricants de vaccins de se concentrer sur le développement de vaccins bivalents, ciblant à la fois la souche initiale Wuhan et les sous-variants d’Omicron BA.4 et BA.5.

Devant les experts de la FDA, les représentants des deux laboratoires ont affirmé qu’un délai d’environ 3 mois leur suffirait pour produire et mettre sur le marché les nouvelles doses ciblant BA.4 et BA.5.

Cependant, les essais cliniques n’ont pas encore démarré. 

Moderna a annoncé dans un communiqué que son rappel bivalent contenant la souche Wuhan et le variant Omicron BA.1 était capable d’induire une réponse immunitaire contre les deux nouveaux sous-variants d’Omicron BA.4 et BA.5.

L’étude de phase 2/3 montre qu’un mois après son administration à des personnes déjà vaccinées et stimulées, une dose de rappel de 50 µg d’ARNm-1273.214 a suscité de « puissantes réponses d’anticorps neutralisants » contre BA.4 et BA.5 chez tous les participants, indépendamment de leur infection antérieure, a indiqué la société.

Pfizer et BioNTech ont étudié deux vaccins potentiels : un vaccin « monovalent » qui cible uniquement Omicron, et un vaccin de rappel « bivalent » qui ajoute Omicron au vaccin original.

La société a également testé la possibilité de conserver le même dosage de 30 microgrammes ou de le doubler.

L’essai de phase 2/3 a porté sur 1 234 adultes âgés de plus de 55 ans qui avaient déjà reçu trois doses de vaccin.

Un mois plus tard, le vaccin monovalent adapté à Omicron a entraîné une multiplication par 13,5 des anticorps neutralisants contre Omicron dans la formulation à 30 microgrammes et par 19,6 dans la formulation à 60 microgrammes.

 Le vaccin bivalent a multiplié par 9,1 et 10,9 le nombre d’anticorps à ces niveaux, soit environ 1,5 fois plus que si l’on recevait une autre dose du vaccin original.

Mais de l’avis de certains scientifiques, cet ajout d’éléments ciblant Omicron dans la recette des vaccins n’est pas forcément l’option la plus pertinente.

Notre système immunitaire aurait en effet le plus grand mal à se souvenir du passage d’Omicron (et de tous ses sous-variants) dans notre organisme.

Jusqu’à présent, le fait d’être infecté par Omicron lorsque l’on avait déjà été vacciné était considéré comme l’occasion de renforcer son immunité.

Si l’idée qu’un « Covid vaut une dose de vaccin » demeure assez vraie pour les variants précédents (Wuhan, les variants Alpha, Bêta, Delta…), elle ne semble plus l’être avec Omicron.

L’un des auteurs de l’étude, D. Altmann, professeur d’immunologie à Imperial College à Londres, a qualifié le variant Omicron « d’avion furtif de l’évasion immunitaire ».

D’où l’émergence d’un doute dans l’esprit de certains scientifiques sur son utilité dans les rappels vaccinaux.

La solution pourrait-elle alors venir d’un autre variant , presque tombé dans l’oubli, le Bêta ?

Une étude réalisée par l’AP-HP, publiée dans le New England Journal of Medicine, tire en effet des enseignements précieux sur l’utilité d’ajouter ce « vieux » variant dans les doses de rappel.

Immunogenicity and Safety of Beta-Adjuvanted Recombinant BoosterVaccine 29/06/2022

L’équipe française a comparé l’efficacité des rappels réalisés avec les vaccins de Pfizer/BioNTech , avec ceux de Sanofi-GSK, dont l’un cible le variant Bêta.

« Les vaccins Sanofi-GSK, toujours en cours de validation par les autorités sanitaires, reposent sur une technologie plus traditionnelle que l’ARN messager », explique O. Launay, infectiologue à l’hôpital Cochin , et autrice principale de la publication.

Il s’agit d’un vaccin à « protéines recombinantes », qui contient des protéines Spike (ou S), qui permettent au virus de s’emboîter, telle une clef, dans le récepteur de nos cellules.

L’une des deux protéines spike choisies comme modèle pour fabriquer le vaccin Sanofi-GSK est celle du variant Bêta (qui circulait à grande échelle aux prémices du développement du vaccin), l’autre est celle du virus originel Wuhan.

Le laboratoire teste donc deux vaccins distincts : le premier, plus classique, contient uniquement les protéines Spike de Wuhan et l’autre « bivalent » contient un mélange des spicules des deux variants.

« Nous voulions voir si le fait de vacciner avec une technologie différente, ARN ou protéine recombinante et avec une protéine Spike différente engendrait une meilleure réponse immunitaire, en particulier sur les variants Delta et Omicron, qui circulaient beaucoup lors de l’étude en décembre dernier », détaille O. Launay.

Le sérum des patients avant le rappel et 15 jours après a été passé au crible pour suivre l’évolution de la quantité d’anticorps neutralisants dirigés contre quatre souches : le virus originel Wuhan et les variants Bêta, Delta et Omicron.

« Le plus important dans nos résultats est :  que le vaccin Sanofi-GSK contenant des spicules du variant Bêta permet la plus importante remontée du niveau d’anticorps neutralisants contre tous les variants étudiés, souligne la chercheuse.

L’effet est logiquement le plus spectaculaire contre le variant Bêta, mais le gain est également très significatif contre Delta et contre le variant BA.1 d’Omicron.

Les résultats pour les nouveaux BA.4 et BA.5 sont encore en cours d’analyse. » 

L’augmentation du nombre des anticorps est deux fois plus importante par rapport à celle obtenue avec le rappel traditionnel Pfizer/BioNTech.

Le variant Bêta est éloigné sur le plan phylogénétique de tous les autres variants qui ont circulé ou circulent encore.

Sa protéine Spike est en quelque sorte la « plus originale » de toutes.

« L’hypothèse est que cette différence permet un recrutement plus large des cellules immunitaires et ainsi augmente la réponse anticorps, précise O.Launay.

Si cette hypothèse est validée, nous n’aurons peut-être pas forcément besoin de réactualiser les vaccins à chaque fois qu’un nouveau variant se présente. Il suffira de faire un rappel basé sur un variant différent des autres, tel que Bêta. »