La proportion de cancer du poumon chez les non-fumeurs est en augmentation depuis des années. : European Society of Médical oncology (ESMO) 09/2022

12/09//2022          

Pourquoi les personnes non fumeuses sont-elles susceptibles de développer ces cancers ?

Des chercheurs anglais apportent une réponse en montrant que la pollution de l’air,  au travers des particules fines ,  serait en cause en induisant une prolifération tumorale chez des individus présentant un certain type de mutations génétiques

Présentes dans les gaz d’échappement des véhicules motorisés , et dans les fumées des carburants fossiles, les particules fines sont associées à un risque accru de cancers du poumon non à petites cellules (CPNPC) et seraient responsables de plus de 250 000 décès dans le monde,  dus au cancer du poumon chaque année

« Il y a une association bien connue entre la pollution et le cancer du poumon, mais jusqu’à présent nous ne savions pas si, et si oui comment, la pollution pouvait être une cause directe de la maladie », a expliqué le Pr Ch. Swanton

Une étude portant sur près d’un demi-million d’individus résidant en Angleterre, en Corée du Sud et à Taïwan a en effet montré que l’exposition à des concentrations de plus en plus fortes de particules fines dans l’air, d’un diamètre de 2,5 µm (PM 2,5) est liée à un risque accru de CPNPC chez des individus porteurs d’une mutation à risque (EGFR).

Dans un deuxième temps, les chercheurs ont établi la base mécanistique sur laquelle s’établit ce lien.

Ils ont en effet montré chez l’homme et en laboratoire le rôle déclencheur de cancers du poumon que pourrait avoir l’exposition à la pollution chez des porteurs de certaines mutations, et notamment celles du gène EGFR.

Celles-ci sont présentes chez environ la moitié des personnes atteintes de cancer du poumon, y compris chez celles n’ayant jamais fumé.

On observe ces mutations dans plus de la moitié des biopsies de tissu pulmonaire sain, elles sont une conséquence naturelle de l’âge.

Elles sont donc nécessaires, mais pas suffisantes pour qu’un cancer se développe : c’est au contact de la pollution , que les cellules souches cancéreuses vont proliférer et donner lieu à une tumeur.

Cela constitue un début d’explication à la capacité des agents environnementaux cancérogènes qui n’engendrent pas de mutations de l’ADN à déclencher des cancers   

Développer une tumeur nécessite : un événement initial, que nous savons désormais probablement être une mutation, et, un promoteur, ici la pollution atmosphérique à travers les particules PM2,5,

Un seul de ces événements ne suffit pas à déclencher la maladie, les deux sont nécessaires pour déclencher le cancer ».

L’étude de corrélation géographique entre pollution et cancers a montré que 18 à 33 % des tissus sains pulmonaires hébergent des mutations drivers de type EGFR et KRAS en l’absence de malignité.

Les chercheurs ont aussi montré que la pollution de l’air augmentait l’afflux des macrophages qui sécrètent la cytokine pro-inflammatoire interleukine-1β, stimulant ainsi la prolifération des cellules porteuses de mutation de l’EGFR dans des tissus sains au contact des particules fines, et expliquant ainsi l’expansion des cellules cancéreuses.

Ils ont appuyé la validité de leurs résultats en démontrant qu’à l’inverse, un blocage de l’interleukine-1β inhibait le développement du cancer du poumon.

Des découvertes qui confirment les résultats d’un précédent essai clinique majeur , qui avait démontré une diminution dose-dépendante de l’incidence du cancer du poumon chez les personnes traitées par canakinumab, un anticorps monoclonal dirigé contre l’interleukine-1β

Ces résultats font « apparaitre de nouveaux questionnements», notamment sur le rôle des particules PM2,5 dans l’initiation du processus oncogène.

Pourquoi ce processus agit-il préférentiellement sur les mutations EGFR ?

Quels composants des particules PM2,5 déclenchent ce processus ? car ces particules sont hétérogènes.

Combien de temps cela prend-il pour entrainer un cancer chez les humains.

Ou encore, au-delà de la présence de mutations EGFR, quels autres facteurs de susceptibilité sont nécessaires pour enclencher un processus cancéreux

Cette étude prouve que :

  • Il faut réduire l’exposition aux particules PM2,5 dans le monde
  • Il faut « intercepter » les cancers avant leur phase clinique , en proposant une combinaison alliant détection précoce sur la base de biomarqueurs comme l’inflammation,  et de thérapies préventives précoces.